|
Orthographe, Grammaire : les leçons de Marie Desplechin |
|
|
L'écrivain Marie Desplechin ne mâche pas ses mots : Elle désapprouve l'enseignement de la grammaire à l'école, ou du moins l'acharnement que l'on met à l'assener comme l'outil de référence de l'apprentissage du Français. Bref, le Français, elle l'aime, mais si possible... vivant! Écoutons-là s'énerver contre l'école. Son appréciation : peut mieux faire!   Et vous, quels rapports entretenez-vous avec les COD, coordonnées de subordination, subjonctifs, etc? Profs, parents, élèves, simples citoyens, donnez-nous votre point de vue.
|
Commentaires
De plus, c'est évident que le culture littéraire est très importante. Mais mettez-vous à la place de l'élève qui ne fera pas d'études littéraires, mais qui entrera tôt dans le monde du travail. Mettez-vous à la place du patron qui va lire son CV et voir toutes les fautes d'orthographe. Qu'en pensez-vous ? L'essentiel sera toujours la culture littéraire ?
Une enseignante d'école primaire qui aime enseigner l'orthographe, la grammaire etc... ainsi que la lecture, l'écriture de textes, l'ouverture d'esprit ... et plein d'autres matières ;)
- Cette attitude est d’autant plus gênante qu’aucune grammaire n’arrive à décrire l’ensemble des règles d’une langue vivante. Aucune n’arrive à rendre compte de la complexité de la langue. Mais heureusement, il n’est pas nécessaire de posséder toute la grammaire d’une langue pour l’utiliser correctement ou du moins efficacement. Examinons deux exemples, mais vous en trouverez d’autres vous-même. Consultez plusieurs grammaires, scolaires ou non, au chapitre de la négation. Outre les autres divergences que vous allez constater, regardez combien parmi ouvrages arrivent à décrire correctement la place du pronom négatif dans la phrase. On dit, en effet, « Je n’ai vu personne » et « je n’ai rien vu » ; « personne n’a bougé », « rien n’a bougé, « nul n’a bougé ». On ne peut dire « je n’ai vu nul » et encore moins « je n’ai nul vu ». Et pourtant personne ne se trompe sur ce point. Second exemple : on passe souvent beaucoup de temps (voyez le fameux BLED) sur des homonymes comme « s’est » et « c’est » qu’il ne faut surtout pas confondre mais qu’on présente immanquablement dans la même leçon. Et les professeurs constatent, catastrophés, que les élèves confondent « c’est » et « s’est ». Je suis pour ma part persuadé que ce sont ces leçons qui génèrent les confusions. Temps doublement perdu, donc. Est-c e qu’on explique qu’il ne faut pas confondre « fais » et « fée », « thème » et « t’aime », « s’aime » et « sème », « santé » et « sans thé » ? Non. Les élèves les confondent-ils ? Non plus. Pourquoi les auteurs de manuels s’intéressent-ils plus aux uns qu’aux autres, on se le demande. Quoi qu’il en soit, l’efficacité de telles leçons est nulle et peut-être même, c’est mon avis, négative.
- Ceci dit, si les grammaires existent, c’est qu’elles répondent à un besoin. On observe, en effet, que tout apprenant cherche à donner une cohérence, variable d’un individu à l’autre, à ce qu’il apprend. J’ai entendu ou lu telle expression et j’aimerais savoir si elle est correcte, si elle a du sens, et lequel. Un enfant n’attend pas qu’on lui ait expliqué le pluriel un peu bizarre de « cheval » (et d’ « œil ») pour parler des « chevals ». Ce sont les réactions de son entourage qui l’amèneront à se poser des questions. Et à mon avis, ce ne sera pas de savoir pourquoi on dit « des chevaux » à la place de « des chevals » mais plutôt de savoir si « chevaux » ne désigne pas un autre animal que « cheval » (comme « beau » désigne autre chose que « bal »). Dans une étape ultérieure il découvrira que « chevaux / cheval » n’est pas un cas isolé. La leçon à retenir au niveau pédagogique, c’est qu’il faut partir du besoin de l’apprenant pour lui expliquer les règles qui lui permettront de s’exprimer ou de comprendre. Et non pas lui inculquer des règles dont il ne voit pas, et ne verra peut-être jamais, l’utilité, en espérant qu’à partir de là il manipulera correctement la langue.
- Quant au vocabulaire, il relève de la même démarche. L’enfant, puis l’adolescent, puis l’adulte, a toujours besoin de communiquer et la langue est certainement le moyen le plus puissant pour ce faire. L’apprenant, que nous sommes tous, est en permanence à la recherche du mot, de l’expression, qui lui permettra de se faire comprendre - « Comment lui dire que je l’aime ? » - et de comprendre. Le rôle de l’école, à mon avis, est de lui fournir les outils dont il a besoin, dont il ressent le besoin. Et c’est dans ce besoin qu’il trouvera sa motivation.
Tout le temps perdu à apprendre des choses inutiles pourrait bien sûr être utilisé à des choses plus utiles, plus terre-à -terre diront certains, mais en prise directe avec le monde réel. Au cours de ma carrière, consacrée principalement au français langue étrangère et langue seconde, j’ai personnellement utilisé les simulations globales qui incluent des jeux de rôle. Vous mettez les apprenants, artificiellement, dans une situation de communication proche de la réalité qu’ils connaissent et dès lors ils se trouvent en position de demandeurs de vocabulaire et de grammaire. Evidemment, ça part dans tous les sens. Mais pour peu que le thème s’y prête, on arrive facilement à trouver un point de grammaire, ou de vocabulaire, qui intéresse tout le groupe. Si on est en train de rédiger un règlement intérieur, c’est le moment de parler de l’impératif, mais aussi des expressions de l’obligation, de l’interdiction, de la permission.
De même, il faut absolument parler des différents registres et niveaux de langue : on ne parle pas de la même façon selon les circonstances, les interlocuteurs et leur statut social, professionnel, etc. La langue du SMS a ses règles (que les élèves ne manqueront pas d’expliquer à leur professeur pour peu qu’il les demande) comme celle de la diplomatie, de la petite annonce (apprenez à vos élèves à rédiger une petite annonce !), de la lettre amicale, officielle, du faire-part, de l’article de presse, etc. Aucun de ces langages ne devrait être banni de l’école. L’élève a le droit de savoir ce que signifie réellement une expression comme « putain de ta mère » ou « va te faire foutre » et les conséquences qui peuvent en découler. On doit lui faire saisir dans quels cas il est légitime de dire « chais pas » et « je l’ignore ». C’est là qu’on retrouvera la complexité qu’on nous accuse de vouloir évacuer sous prétexte de démagogie.
Excusez la longueur de mon commentaire… Si remarques il y a, je les lirai avec le plus grand plaisir.